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Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse http : //books.gqoogle.com GELSE Of Dr. Henry von Witzleben STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES nome es Wa Vopovitrreiste LAC ICE EP SOCCER EEE RAR AUTSE ve LE LIVRE DES ORAISONS La DE GASTON PHEBUS MIS EN FRANÇAIS PAR JEAN . VORLE MONNIOT PETITE COLLECTION MYSTIQUE * AUX ÉDITIONS DE LA SIRÈNE 1920 PARIS. RUE PASQUIER, 7, COPYRIGHT 1920 BY ÉDITIONS DE ILA SIRÈNE. PARIS LE LIVRE DES ORAISONS LE LIVRE DES ORAISONS DE GASTON PHÉBUS MIS EN FRANÇAIS PAR JEAN VORLE MONNIOT PETITE COLLECTION MYSTIQUE AUX ÉDITIONS DE LA SIRÈNE 7, RUE PASQUIER, PARIS. 1920 STk M RVZ| Ps 34 F9 ASTON III, comte de Foix et vicomte-souverain de Béarn, l'auteur des Oraisons dont nous offrons pour la première fois au public la traduction complète en français moderne, naquit en 1331. Îl eut une existence moins longue que mouvementée. et, au demeurant, un règne fort bien rempli. Froissart qui séjourna trois mois à Pau, au milieu de l'une des plus brillantes cours de l'époque, nous l'a dépeint comme un prince d'une taille avan- fageise, d'un visage noble et expressif, couronné de cette belle chevelure qui lui valut le surnom de Phébus : son extérieur ne décevait pas : il était « accointable à toutes gens », lettré et magnifique et ne prisant pas moins la ménestrandie que les « déduits de bêtes et "oiseaux ». Le même chroniqueur nous rapporte qu'il avait en sa résidence un retrait où il avait accoutumé de faire oraison, disant tous les jours un nocturne du psautier, les heures de Notre-Dame, du Saint-Esprit et de la Croix et les Vigiles des Morts. C'est trois ans seulement avant de trépasser du siècle qu'il composa ces belles et éloquentes prières qui ne sont pas moins dignes d'illustrer son nom que son Traité de Vénerie. À le voir s'accuser et se frapper la poitrine avec de profonds accents d'humilité « de contrition, l'on est tenté de se le représenter comme un de ces criminels devant qui hésite la clémence divine. Îl est vrai qu'il fut ul batailleur et en outre fort adonné aux plaisirs. On lui a imputé quelque perfidie 7 et quelque rapacité: mais n'est-ce pas méconnaître son temps et faire reproche d'oiseler au fils de l'éme- rillon ? On sera plus indulgent si on le compare aux impitoyables féodaux de l'époque, à son adversaire le comte d’Armagnac par exemple. Si, de même que les autres barons, il était âpre au butin et à la rançon, du moins il dépensait libéralement le sien aux aumônes et présents de toute espèce. « Sage chevalier, de haute emprise et de bon con- seil », a écrit le prince des chroniqueurs : il apparaît ien qu'on doive le louer d'avoir, en politique habile, préservé ses sujets des malheurs de la guerre anglaise, en tenant la balance égale entre les deux partis. Ses mœurs ne furent pas irrébrochables : il eut de plusieurs liaisons quatre bâtards, entre autres cet Tvain qu'il chérissait et qu'il recommande plusieurs fois ans ses prières. On sait qu'il était sujet à la colère, comme le prouve la mort de son fils Gaston, funeste épilogue d’un drame domestique dont il fut l'auteur oolontabre et que Froissart a si admirablement raconté. Cet événement, survenu en 1390, ne fut pas sans doute étranger à son dessein de composer un livre où il mit à profit son expérience des passions et de pro- poser à l'édification des séculiers son exemple de pécheur repentant. Gaston Phébus était dans sa soixantième année lorsque, par une journée très chaude, revenant de courir l'ours dans les bois de Sauveterre, sur le chemin 8 d'Orthez à Pampelune, il entra à pe vo d'Orion pour y dîner avec sa suite. Dans la salle appareillée à cet get et toute tapissée de verdure, deux écuyers lui « donnèrent à laver », présentant, l'un le bassin d'argent et l'autre la serviette. Quand il sentit soudain l'eau froide découler sur ses mains qu'il avait longues et belles, une pâleur affreuse se répandit sur son visage et le cœur lui manqua. Il ne put prononcer que ces mots : « Seigneur, vrai Dieu, miséricorde ! » le porta, dans les transes de l'agonie, sur un lit de feuillage où il ne tarda pas à rendre le dernier soupir. J.-V. M. PREMIÈRE ORAISON Adonaï, Seigneur Dieu tout-puissant qui as créé d'une seule parole le ciel, la terre et la mer et tout ce qu'ils renferment ; qui as sauvé Noé, ton servi- teur, du déluge des eaux, tandis . ta oz se déchainait contre l'Univers à cause de ses péchés ; qui as délivré ton peuple d'Israël du joug de Fhanon: roi d'Egypte, par l'intermédiaire de ton serviteur Moïse ; toi qui humilies les superbes et élèves les humbles ; qui n'abandonnes pas ceux qui espèrent en toi, toi / dont la miséricorde est infinie envers toutes les créatures ; toi qui, dans ton grand amour du genre humain et pour son salut, a voulu envoyer sur terre le Verbe, c'est-à-dire ton fils Jésus-Christ, incarné dans la Bienheureuse Vierge Marie rue sans tache ni souillures : qui as fx et as plein pouvoir de faire tant de miracles qu'il est impossible aux oreilles d'en entendre le nombre, à la bouche de le dire et aux yeux de le voir, parce que toutes choses sont dans tes mains : Dieu du Ciel, par ta grande puissance et par ta grande miséricorde et par ton nom trois fois saint, moi ton indigne serviteur, Phébus, je te supplie humblement de bien vouloir me pardonner et m ‘octroyer ton pardon, à moi que tu as, Seigneur, comblé de bontés et de bienfaits merveilleux. Qu'il te plaise, Seigneur, de me maintenir ferme- 1] ment dans la vertu d'espérance. Accorde-moi de pe, mon peuple selon ton bon plaisir, afin que dans la vie et dans la mort, Je puisse reposer . ta grâce. Ainsi-soit-il ! Aie pitié de moi, Seigneur Dieu, par ta douce pitié et ta douce miséricorde, parce que nulle misé- rable créature n'a été plus pécheresse que moi et Lg ne dé moins que moi, d'obtenir ton pardon. Cependant, Seigneur, tu m'as accordé d'innomb Abe bienfaits et je les dirai en partie pour l'édification de chacun. peine né, j'étais léger et frivole, à tel point que mon père et ma mère en avaient honte ; et tout le monde disait : « Celui-là ne vaudra rien et malheur à la terre dont il sera le maître !» Mais toi, Seigneur, tu es mort par ta bonté et tu m'as fait espérer en toi, et au lieu ” mal qu'on disait de moi, je t'ai demandé, un jour, de me ma force et bonté. Et tu m'as exaucé et comblé de tes dons plus que tout autre des hommes de mon âge. Seigneur Dieu, je t'ai supplié de me donner sens et discernement de façon que Je pusse gouverner ma terre et mes gens à ton bon plaisir ; et tout aussitôt tu mas écouté avec bénignité et l'Esprit-Saint a ouvert mon intelligence à à toutes choses. Ensuite, Seigneur, étant devenu vigoureux de corps et savant, ce fut pis qu'auparavant, car mes gens disaient : (C'est un grand malheur qu'un tel homme, aussi 7 et aussi sage, ne vaille rien dans 12 les armes. » Et moi, je t'ai adressé une oraison, Dieu tout puissant, pour que tu me procurasses la gloire des armes et tu m'as donné mille sujets de conten- tement. Chez les Sarrazins, chez les Juifs, chez les Chrétiens, en Espagne, en France, en Angleterre, en n Allemagne et en Lombardie, en deçà et au delà es mers, mon nom a été porté par ta grâce. En tous les lieux où } al été, ] ‘al remporté des victoires et par toi mes ennemis sont tombés dans mes mains, ce qui m a donné une idée parfaite de ta puissance. ous les agréments, les consolations et les autres biens que dns cette vie mortelle un seul homme peut avoir, tu me les as donnés, parce qu ilt'a plu de le faire, et sans que je les aie mérités en aucune façon. Bref, tout ce que je t'ai demandé de m'octroyer, juste ou non, tu ne me l'as jamais refusé ; et de tous les maux et tribulations tu m'as toujours retiré. Donc, Seigneur Dieu miséricordieux, après m avoir fait tant de grâces et m ‘avoir eu tant de merveilleuses bontés, au delà de ce qu'on pourrait écrire, ta justice sur moi s "exercera sans pee Et s'il en est ainsi, 1l ne faut pas que les démons et habitants de l'enfer sortent &l ‘bime pour me dévorer. J espère, es parce que je sais que toutes es créatures, quel es +. ré ont éprouvé ta bonté et ta Lo Anges ‘dans les cieux la connaissent, et les A den es, et les Trônes, et les Dominations, les Patriarches, et les Prophètes,. 13 les Saints et les Saintes, les Martyrs et les Confesseurs ; n'ont-ils pas aussi éprouvé ton pouvoir, les Monts, la Lune et les étoiles, les corps solides, et le monde des airs, escabeau de ton trône ? Ne connaissent-ils ge tes bienfaits, les plantes et les animaux terrestres, es oiseaux de la mer et tous les poissons des abîmes marins ? Tous les êtres ne ressentent-ils pas ta douceur en toute occasion > Les générations faites à ton image, certes, sont infirmes et mortelles ; mais n'éprouvent-elles pas quelque jour les effets de ta miséricorde et de ta bonté ? Et moi, malheureux, je serais le seul à qui ferait défaut ta miséricorde ? Non, parce que je supplie tous ceux qui sont dans ta grâce d'intercéder pour _ moi, pécheur indigne. eigneur pitoyable, veuille prêter l'oreille à mes prières ; et accorde-moi la pratique des œuvres qui te plaisent et maintiens-moi fermement dans ma religieuse espérance. Ainsi-soit-il ! (1) (1) Cette oraison ainsi que la suivante est en latin dans l'original. 14 DEUXIÈME ORAISON La miséricorde de Dieu est grande et grande est sa puissance. Carl n'y a personne espérant'fermement en lui que Dieu abandonne au milieu de ses égare- ments. Je le sais par moi-même, ayant été assisté ar toi, Seigneur, quand j'étais chargé de péchés. e celui en qui l’on ne voyait aucune lueur de raison, on disait : « Le vin le D ! » Dans ta miséricorde, tu m'as tiré de grandes tribulations. Seigneur, ta fureur s’est tournée contre les nations et ce n'est pas sans raison. ux qui sont d'un rang élevé, ceux qui sont bien vêtus sont pires que les autres. Aux yeux du sage, les riches sont les plus stupides, mettant leur espé- rance dans les plus folles vanités. Seigneur, tu sais tout ; tu discernes les mauvais cœurs et tu les puniras sévèrement. Oh ! combien ce monde a mérité ta colère, puisque moi qui te connais, Je suis troublé et anxieux. Beaucoup sont plongés si avant dans la passion, qu'ils n'ont au- cune notion convenable de toi, Seigneur, ni d’eux- mêmes. Seigneur, par ta sainte Incarnation dans le sein de la Vierge Marie, aide-moi ainsi que mon fils. Seigneur, par ta sainte Nativité, garde-moi, garde-le en ce monde et toujours. Seigneur, par la doulou- reuse Passion que tu as souffert pour nous, sauve- 15 nous tous deux, Seigneur, par ta sainte Résurrection, dirige-nous maintenant et toujours. Douce Vierge Marie, fontaine de pitié et de misé- ricorde, priez pour moi et pour lui. Dieu le Père, l’Alpha et l'Oméga, le créateur de toute chose, aie pitié de nous. Ainsi-soit-il. 16 EE TROISIÈME ORAISON Sainte- Trinité, Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit qui ne désires pas la mort des pécheurs, mais leur repentance, ne me refuse pas ta souveraine D à moi, chétif et faible pécheur. Ne regarde pas, eigneur, mes péchés immondes et mes mauvaises enséés qui me séparent douloureusement de toi, Mais répands sur moi la large clémence de ta béni- gnité, Ne permets pas, Seigneur, que ma mort réjouisse en enfer mes ennemis morts dans l'impé- nitence ; mais accorde ton pardon à moi qui suis chargé de péchés ; octroie ta grâce au pécheur affigé et me délivre de tous maux passés, présents et à venir, de la mort subite et éternelle, de toute pesti- lence et misère, de tout scandale et péril de malins désirs, dela haine perverse et detout péché. Lave-moi, Scigneur, de tous mes crimes, de toutes mes iniquités et négligences. Sois-moi bénin en toutes angoisses et tribulations, en toute nécessité, dans toutes mes tentations, dans tous les périls et toutes les maladies auxquels je suis exposé. Sainte et unique Trinité, Bonté édifiante, écoute, sil te plait, mes supplications. Par ta seule béni- nité, par ta foi, ton espérance et ta charité, Seigneur, Fu persévérer,et vivre. Garde-moiï et me défends de tout mal. Veuille m ‘octroyer toutes les choses qui me sont profitables: Délivre-moi des tourmenti ; 17 2 de ] ‘enfer et des mortelles tentations du diablé dont Je crains le pouvoir sur moi à cause de mes péchés ut mène-moi vers l'éternelle félicité. 18 Se QUATRIÈME ORAISON ——— Dieu unique en trois personnes, accueille la prière d’un pécheur vil et indigne. Donne-moi, Seigneur, la Dilgince pour que je te cherche, la Sagesse afin que je te trouve, donne-moi l'âme qui te connaisse, les yeux qui te voient, la conversation qui te plaise à la parfaite persévérance jusqu'à la fin de mes jours. coute-moi priant, comme tu écoutas jadis Jonas au ventre de la baleine, et sauve-moi comme tu sauvas Suzanne faussernent accusée de crime. Aide- moi, je te prie, Seigneur, et garantis-moi sans arrêt de tout mal : jette-moi hors de la gueule des diables, arrache-moi à la mort éternelle ; remplis-moi de l'abondance de tà grâce, arme mon cœur de ta vertu, purge mon esprit; sanctite ma vie, amende nos mœurs. Îllumine mon âme de la sagesse céleste. Amortis en moi les feux de la colère et des passions charnelles, modère ma langue et refrène en moi le goût des vaines paroles. Ôue ma bouche prenne l’honnête habitude de ne proférer que des mots de vérité et de miséricorde, de concorde et de bénignité. Dirige-moi toujours, Dieu très Ditoscbles et affermis-moi dans la pratique de toutes les bonnes œuvres. 19 CINQUIÈME ORAISON À toi, Seigneur, je découvre les secrets de mon cœur ; à toi Je confesse mes hontes et mes défaillances. Certes, j'ai péché plus gravement que Sodome, et plus défaill que Gomorrhe. Je suis ton débiteur de plus de dix mille talents; j'ai à te rendre raison de tout le temps de ma vie, ayant rompu avec ta loi, et par négligence ou désobéissance transgressé sans cesse tes commandements. Or, Seigneur, je viens à toi en grande tristesse de cœur, en grande contrition, et baigné de pleurs et de larmes. Qu'il te plaise donc de bien vouloir m'entendre et m'aider à refaire mon salut. Ordonne mes occupations à ton gré, de telle sorte que je profite de jour en jour et aille de vertu en vertu. Je te prie, Seigneur, en toute componction et humi- lité de cœur, de me vouloir pardonner et de me garder désormais de faire des choses qui te déplaisent, car, Seigneur, sans ton aide, je doute que ma fragilité y parvienne. umière véritable, guéris mes yeux de la cécité humaine et de l'aveuglement du monde : donne-moi, armé de ton aide et de ta protection, de persévérer toujours dans ta dilection, de recevoir ta bénédic- tion céleste afin de mériter un jour la félicité et la gloire éternelle. Ainsi-soit-il ! 20 = © — a ——"— 0 —— © — —— —————————— SIXIÈME ORAISON Seigneur miséricordieux, je te prie encore de me remettre toutes mes offenses et de m'octroyer l'indul- gence plénière, afin que mon âme soit remplie de ta douce bénignité. Tout ce que j'ai commis de péchés par ma faute, plaise à ta grande pitié de m'en Le : que ta miséricorde et ta clémence ne s'éloignent pas de moi. Que ton pardon me lave de tout ce que J'ai fait contre toi par la tromperie du diable et ma propre iniquité et fragilité, Ô très pitoyable et très miséricordieux Seigneur. Guéris mes plaies et me pardonne mes péchés ; que je ne puisse être séparé de toi par quelque mé- chanceté que j'aie faite. Mais que toujours, ici et en tout lieu, assuré de ton aide et protection, Seigneur, je puisse me rapprocher de toi et finalement jouir de la gloire éternelle, 21 SEPTIÈME ORAISON © Eumière, bienheureuse ‘Frinité, 6 divine Unité, accrois en moi la foi, l'espérance et la charité. Sauve- moi, justifie-moi, délie les crimes, pardonne les pers Chasse les misères, ôte les angoisses, considère es tribulations, repousse l'adversité et veuille misé- ricordieusement exaucer ma prière. Viens, Seigneur, descends en moi, remplis-moi de ton amour, embrase- moi du feu de la véritable charité. Reçois favora- blement la confession de ma bouche, et fais fructifier en moi l’amour divin. Illumine mes sens et tout mon être, comme tu illuminas ton serviteur Moïse d'une merveilleuse splendeur (Comble-mai de jole et des dons de la grâce; délivre-moi des chaînes de la colère ; donne-moi la paix; éclaire mon âme pleine de péché. Qu'il te plaise, doux igneur, de me témoigner une grande patience. es iniquités, Seigneur, se sont multip lées sur toutes les autres et elles montent jusqu'au ciel. Accorde-moi le pardon, mets la contrition dans mon cœur. Fais, Seigneur, selon ta grande miséricorde, car ceux qui ont placé leur espérance en toi ne seront pas confondus. Il n’est nul autre Dieu que toi ; tu as soin de tous les hommes et tu es le Seigneur de tous. Comme tu as été miséricordieux pour mes pères, je te prie de l'être pour moi. Convertis, Seigneur, ma tribulation en joie, afin que je puisse te bénir de mon vivant. 24 HUITIÈME ORAISON Je te prie, doux Seigneur, de détourner de moi ta colère ; prête l'oreille à mes prières et au cri de mes afflictions. Je t’appelle et t'ai toujours appelé, sachant bien que nul n'est plus grand pécheur que moi. Je sais que tu es courroucé contre moi et que nul ne peut échapper à ta main. Toi qui pardonnas à Ninive, aie pitié de moi; rappelle-toi, Seigneur, tes grandes miséricordes ” n'exerce pas sur moi ta vengeance, après ton pardon. Seigneur, je t'im- plore, ne ferme pas | l'oreille à mes prières. Souviens- toi de moi, afin que je sois admis à ton héritage céleste, et que voyant ta gloire, je puisse t'adorer de ma bouche et m ‘écrier : Gloire au Père qui m'a fait, au Fils qui m'a sauvé, au Saint-Esprit qui m'a rénové. Ainsi-soit-il | 23 NEUVIÈME ORAISON Je te su plie, mon ange, esprit que Dieu a commis à ma Put de me conserver sans défaillance, de m'aider et de me visiter, me défendant de toute violence du diable, à toute heure du jour et de la nuit et sans trêve, tant pendant la veille que pendant le repos. Dirige-moi ; où que j'aille, viens avec moi ; écarte de moi toutes les tentations de Satan. Obtiens- moi qui n'en suis pas digne par mes mérites, obtiens- moi du très miséricordieux juge et Seigneur qui (à a choisi pour être mon défenseur et m'a recommandé à toi, d'éviter toute faiblesse, et quand tu me verras m ‘engager dans la voie du péché, veuille me ramener à mon rédempteur par les sentiers de la droiture. n quelque angoisse que tu me voies, que Je sente, grâce à ton intercession, l'aide du vrai Dieu tout- puissant. Je te prie encore, s’il se peut, que tu m'an- nonces clairement ma fin. Et quand l'âme m "échap- pera du corps, ne me laisse pas en proie à l'épou- vante des diables et à leur outrage ; ne me laisse pas précipiter au gouflre de désespérance, mais ne m ‘abandonne pas jusqu'à tant que tu m ‘aies conduit à la maison du Père céleste où je puisse me réjouir à Jamais en compagnie de tous les saints 24 On DIXIÈME ORAISON Très haut, très bénin Dieu d'amour, créateur ct gouverneur de toutes les créatures, je confesse à ta grande bonté les péchés de toute espèce que j'ai commis depuis le jour où j'eus ma connaissance jusqu'à cette heure à laquelle tu me maintiens en vie, par ta grande miséricorde. e ne puis me souvenir de tous, tant il y en a. ais, très pitoyable et miséricordieux Seigneur qui sais toutes choses quelles qu'elles soient, véri- table scrutateur des pensées, sondeur équitable des cœurs, tu connais tous mes péchés, ceux que j'ai faits et que je fais encore en pensée et en action. Comme je crois véritablement que toutes ces choses te sont manifestement connues, je me confesse devant toi et devant tous les saints de toutes celles que je sais avoir faites contre ta volonté et m'en tiens cou- pable et responsable. Et si ta bénigne miséricorde ne me secourt après la mort de la chair, je crains d'être perpétuellement damné. | Je n'ai pourtant que des raisons de t'aimer et de suivre tes commandements, puisque tu m'as eu en dilection, et m'as créé non pour ton profit, mais pour l'amour de moi. r tu ne manques de nul bien, étant toi-même le souverain Bien ; c’est par toi que ce qui est bon est bon et ne peut être meilleur que tu n'es. 25 " O mon vrai Créateur et Seigneur très miséricor- dieux, J'ai méprisé tes commandements, je me suis comporté très orgueilleusement, j'ai perdu la force et l'assurance, et encouru la voie de perdition et de mort. J'ai été enflé du vent de vanité et d’orgueil. Souvent, Seigneur, je me suis flatté de l'estime des hommes : si quelqu'un ne me parle pas de mes actions, je lui en sais mauvais gré, et Je me loue moi-même De doux Seigneur, mon créateur, secours-moi, aide-moi en mes besoins et par ton ineffable miséricorde, détruis et extirpe l'orgueil de mon âme ‘ai bien d'autres choses en moi, Seigneur : la colère, l'impatience, l'odieuse discorde, l'indignation, la rancune, les pensées malfaisantes, la gourmandise, la révolte, l'avarice, le goût de la rapine et d’autres passions encore, et, par-dessus tout, ce mal, le plus grand de tous qui, ja que Je suis sorti du ber- ceau n'a fait que croître et empirer en mot, pendant mon enfance, mon adolescence, et ma jeunesse, se multipliant sans cesse et qui ne veut encore me laisser en repos : Seigneur, j'entends la délectation charnelle, cette fureur de luxure qui, de toute ma- nière, a blessé mon âme chétive, et l’a ôtée de ta grâce. Mon Dieu, très doux et bénin, je m'accuse devant ta toute-puissance d’avoir encore par des pensées entrétenu et attisé des ardeurs violentes et déshon- nêtes non pas seulement en moi, mais dans les autres. Mon Dieu, je fais appel à ta grande miséricorde. 26 Sois-moi pitoyable et me pardonne mes péchés et mes iniquités. Purifie-moi de mes vices, us- moi de mes péchés, afin que je puisse, quand mes jours seront terminés, entrer au royaume des cieux pour y chanter tes louanges, t'y bénir et t'y glorifier avec tous les saints. Ainsi-soit-il | 27 a — ONZIÈME ORAISON | Je te cric merci, Scigneur os: ; selon ta grande miséricorde et ta grande compassion, veul le me débarrasser de mes imiquités. O doux père, mon espérance, qu'il te plaise de me conseiller ce qu'il faut faire pour mon salut. Depuis le jour où Je sus ce qu était le péché, je n'ai cessé de pécher ; j'ai amassé péchés sur péchés ; ceux que je ne pou- vais commettre de fait, je les ai commis en pensée. Et donc, enveloppé de toutes les délectations du mal, environné de crimes et de péchés, que puis-je attendre de toi, sinon l'éternelle damnation ? S1 parfois, grâce à ta miséricorde, j ai confessé mes péchés et promis au chapelain de faire pénitence, il ne se passa guère de temps que je ne retombasse dans les mêmes péchés ou fisse pis encore. Je jurai bien des fois de m'abstenir de tels péchés, mais, malgré mes serments et la crainte de ton nom, Je ne tardai point à retourner à mes péchés et à mes mauvaises actions. r, Seigneur, que pourrai-je te dire pour ma défense, méchant homme qui t'ai tourné le dos, et jeté hors de chez moi, toi sans qui je ne saurais jouir d' aucun bien ? Seigneur, J'espère en toi, non à cause de moi, mais à cause de toi-même. Dieu très bon, mets dans mon âme la terreur de ton nom, et ôte de mon 28 cœur une crainte misérable ; garde et lune mofi cœur aveugle, que j y sente se répandre la mansuétude que tu tiens en réserve pour 154 désespérés. Qu'il ne te plaise pas, Seigneur, de me voir noyé au milieu de la tempête et englouti dans mon péché. Je crois, Seigneur très miséricordieux, Dieu, créateur des hommes, que tu es tout-puissant et que tout ce qui te plaît arrive, et Je Sais de certain que tu ne veux pas ma mort, mais que Je me conver- tisse et vive. Puis donc que tu es tout-puissant, ne me laisse pas désespérer, mais avoir ferme espérance. l'est vrai, Seigneur, que mes péchés en toute manière sont très grands et très horribles, mais ta miséricorde est encore plus grande. Dieu tout-puissant et miséricordieux, Esprit sou- verain, plaise à toi de ressusciter ta créature. Ce sera pour moi la vraie contrition, car c'est de toi quil LE on que je me convertisse. Qu'il te plaise, Selgneur, puisque tu as mis tant de biens en moi, de ne pas me perdre par. mes in1- quités. Mais délivre-moi des liens de l’'Ennemi et veuille me ramener en ta grâce. 29 pitetianet mt Pr DOUZIÈME ORAISON ——— Seigneur très bon, pardonne-moi ma misère et mes impérfections et ne me réprouve pas comme très in igne. Souverain Seigneur, térrible et très redouté, je te loue, te bénis et t'adore, sans verser des pleurs, sans éprouver la crainte et la contrition, comme je devrais le fairé. Seigneur, tes anges, dans le merveilleux. rang qu'ils occupent, tremblent Sr 4 peur, quand ils t ‘ado- rent, et moi, misérable pécheur, quand je te prie et me présente devant toi, moi plus mauvais que uiconque, pourquoi ne suis-je pas rempli de crainte ? mea ‘ignorant comme le, le suis de l'heure où tu. Anar tirér Pr ms eance de moi, n rl pas le visage bouléversé et le corps tout tremblant ? J'aurais volontiers telle contenance ; mais je ne e puis et je m'en songes puis e Je te vois très terrible avec les yeux de la foi. Ms comment faire, sans l'aide de ta grâce ? Hélas ! malheureux, de quelle manière ai-je égaré mon âme pour qu'elle ne soit épouvantée quand elle est devant Dieu et chante ses Lune: 3 Hélas ! comment mon cœur a-t-il pu pareillement s’endurcir pour que mes yeux ne versent conti- nuellement des torrents de larmes, quand le servi- teur parle au Souverain re l'homme avec Dieu, la créature avec le Créateur, celui qui est 30 fait de boue avec celui qui du néant tira toutes choses ? Voici, Seigneur, que je me mets devant toi, et me rends à toi. Je ne puis de rien te faire hommage, simon de ce que tu m'as donné. Fortifie mon cœur en ta crainte, Seigneur, dispen- sateur de tous biens, donne-moi la pureté du cœur, par quoi je puisse t aimer de façon parfaite et digne- ment te servir et te louer. 31 TREIZIÈME ORAISON Très doux Seigneur, je te supplie qu'il te plaise de me pardonner mes péchés. Mets dans mon cœur le repentir, dans mon esprit la contnition, fais de mes yeux des fontaines de larmes et donne à mes mains l'habitude des larges aumônes. Roi glorieux, amortis en moi le désir de la chair et arme-moi de la force de ton amour. Mon Rédemp- teur, jette hors de moi l'esprit d'orgueil et m'octroie e bienheureux trésor de la vraie humilité. Mon doux Sauveur, ôte de mon cœur la furieuse colère et m'oc- troie la vraie lumière de patience. Mon créateur, ôte de moi la rancune et me donne la douceur et la bénignité. Donne-moi, très pitoyable Père, la foi, l'espérance convenable et la charité continuelle. Mon doux Créateur, Ôte de moi la vanité, l'incons- tance, la sécheresse de cœur, la légèreté dans les paroles, la hauteur dans le regard, js loutonnerie de ventre, le blâme du prochain, le péché de diffa- mation, la curiosité désordonnée, la convoitise des richesses, la violence et le goût de la rapine, le désir de la vaine gloire, l'hypocrisie, le venin de l’adulation, le mépris des pauvres, l'oppression des faibles, l'avarice, la haine et le blasphème. Retranche de mon âme, Ô mon créateur, la témérité et l'injuste présomption, le goût des occupations désordonnées, 32 la somnolence, la paresse de ag et d'esprit, l'aveu- lement du cœur, l'obstination, la mauvaise habitude, Po neionde devons led de conne leo tation des pauvres, la violence exercée contre les aibles, la calomnie des innocents, la négligence envers mes sujets, les cruautés domestiques, la dureté envers les familiers et les proches. Dieu miséricordieux, enseigne-moi la pratique des œuvres de miséricorde : étude de la pitié, com- passion en ceux qui peinent, aide aux souffreteux, secourir les malheureux, conseiller les égarés, consoler les tristes, relever les opprimés, assister les pauvres, soutenir les faibles, pardonner à ceux qui m'ont fait du mal, aimer ceux qui me haïssent, rendre e bien pour le mal, ne mépriser personne, mais honorer tout le monde, fréquenter les bons, éviter es mauvais, embrasser la vertu, rejeter le vice : avoir patience dans l'adversité, et modération dans la prospérité, surveiller ma bouche, imposer silence mes lèvres, délaisser les choses du monde et désirer les choses célestes. Voici, mon créateur, bien des choses que je t'ai demandées, quoique je sache que je ne suis pas digne d'en obtenir une seule, mais mon cœur s'enhardit à te supplier ; car je prends exemple sur les larrons et les meurtriers et autres vils pécheurs auxquels tu pardonnes en un instant, quand il te plaît de le aire. O mon Dieu, bien que tu fasses merveilles en 33 , toutes choses, c'est dans les œuvres charitables que tu es le plus étonnant, comme tu l'as dit par la voix d'un de tes serviteurs : « L'exercice de ma miséri- . corde surpasse toutes mes autres œuvres », car tu n'as en mépris et en horreur que le fou qui te mé- connait. Mon Dieu, objet de mon salut, mon hôte, je t'ai irrité, malheureux que je suis, Ja m envers toi, J'ai excité ta fureur et mérité ta colère ; j'ai péché et tu l'as souffert. Si j je me repens, tu me par- onnes ; si Je retourne à toi, tu me reçois et s1 Je persévère dans le péché, tu m'attends. oux Seigneur, mon vrai salut, je ne sais que te ire, ni que te fépondre, je ne sals où me cacher, car tu as la toute-puissance, tu m ’as montré le chemin de la bonne vie, tu m'as menacé de l'enfer et promis la gloire du Paradis. Maintenant, Père de rniséricorde et Dieu de toute consolation, pénètre-moi de ta erainte, de telle sorte que les redoutant, j'échappe aux châtiments dont tu me menaces ; réconfarte-moi de ta grâce afin que Je puissé recevoir un jour les biens que ta bonté ma promis. 34 QUATORZIÈME ORAISON mt Dieu, ma force, : mon appui, mon refuge et mon libérateur, fais que je pense à toi, enseigne-moi à te prier et donne-moi me aire les œuvres qui te laisent. Je sais deux choses, S senqur, ue tu estimes : PA en tribulation et le cœur humble et contrit. De ces deux choses je fais mon trésor et mon arme contre l'Ennemi. Fais, Seigneur, que je ne sois de ceux qui, tantôt, ont la foi et la contrition, et tantôt les abandonnent. Souffre que je te réclame des choses dont j'ai grand besoin. a souveraine pitié me donne grande confiance et je sais bien que je te fais injure en te demandant ta grâce, quand je suis digne de tous les maux qu'on eut Imaginer. I e suis digne de mort, et je demande Re vie ; j'ai défié mon Seigneur, car je demande sans vergogne aide contre ce qui devrait me faire condam- ner ; je suis couvert de plaies, car je n'ai cessé d ajou- ter Îles péchés aux péchés. mme le chien qui remange ce qu'il vomit, comme une truie qui se vautre dans la fange, je suis retourné à_mes péchés, tant de fois qu'il ne m'en souvient. Et à combien d'hommes innocents j'ai enseigné à pécher ! Ceux qui résistaient, je les ai priés et contraints. Mais toi, équitable et miséricor- dieux Seigneur, tu ne m'as pas encore puni. Jusqu'ici tu as bien voulu te taire et patienter. C'est une 34 fâcneuse aventure pour moi. Car finalement tu élèveras une voix courroucée. Dieu des Dieux, Seigneur des Seigneurs, je sais que tu ne te tairas pas toujours ; ta miséricorde me renvoic au Jour du Jugement. Alors tous les saints et tous les hommes verront mes affreux péchés : non seulement les actes, mais les pensées. Mon doux Seigneur, je ne sais que te dire, en ce péril ; ma conscience me remord, les replis de mon cœur me travaillent, l’avarice me contraint, la luxure me souille, la gloutonnerie me déshonore, la colère me met hors de moi, l'inconstance m'abat, la paresse m'opprime, l'hypocrisie m'abuse. Voici, Seigneur, les compagnons avec lesquels j'ai vécu dès ma jeunesse, et ceux que j'ai aimés me damnent et ceux que jai vantés me couvrent d'opprobre. Tels sont les amis que j'ai eus, les maîtres que j'ai servis. Hélas ! ais, Seigneur, je sais que ta douceur et ton amour ne sont point passagers, mais durables. Ton amour est agissant, ton souvenir est plus doux que miel, ta contemplation est plus savoureuse que mets friand. Parler de toi est un vrai réconfort, te connaître est parfaite consolation, approcher de toi est vie éternelle, s'en éloigner est mort perpétuelle ; tu es fontaine d'eau vive à ceux qui ont soif de toi et gloire à ceux qui te craignent. Ton odeur ressuscite les morts ; ton regard rend sains les malades : ta lumière chasse toute obscurité ; ta présence disspe é [2 toute tristesse. O glorieux Seigneur, ne veui 36 pas tarder À me donner cé qué tu m ‘énseignés à te demander ; car tu promets à chacun, mais celui-là n'a rien qui ne te sert pas comme il faut. Ceux qui s'éloignent de toi périront, mais ceux qui espèrent en toi ne seront pas confondus ; ceux qui te craignent mettent en toi leur espérance et tu les aides et les protèges : de la crainte on vient à l'amour ; on doit te craindre comme Seigneur, et comme bon père, t'aimer. Seigneur, mon refuge et mon libérateur, inspire- moi la crainte de ton nom qui me pousse à t'aimer et qu ‘ainsi croisse en moi le désir de te posséder et que tu me fasses participer finalement à a ta gloire éternelle, avec ceux qui te craignent et gardent tes commandements. 37 QUINZIÈME ORAISON La conscience tremblante, mais confiant dans ta miséricorce, Je viens vers toi, Dieu tout-puissant ; bien que je ne sois pas digne de t'adorer et de t offrir des hi) vies il vaut mieux, ce me semble, que le tente. C'est pourquoi, Je te prie, très table et très gracieux père, de me regarder d'un œil ns rable et de prendre en gré ma bonne volonté, et de m'aider dans mes bonnes dispositions, de consi- dérer l'état de mon âme et de la purifier et, si je suis accablé du poids de mes fautes, je te prie ne au moins égard à mes prières. SEIZIÈME ORAISON Par-dessus toute chose, Seigneur, j'appelle ta venue dans mon âme : tu l’as préparée à te recevoir par le désir que tu m'inspires. Ju cherches à la posséder ; entre donc, Seigneur, et rends digne de toi ce logis que tu as formé de tes mains. Je te supplie, Seigneur miséricordieux, de ne pas m abandonner, moi qui t'appelle, car avant que je t’appelasse, tu m as appelé et demandé, pour que moi, ton serviteur, je te cherchasse, que te cherchant, je pusse te trouver et que t'ayant trouvé, je t'aimasse. Je t'ai cherché et t'ai trouvé et je désire t'aimer, Seigneur. Augmente mon désir et donne-moi la foi que je te demande, car si tu me donnais toutes les choses que tu as faites, sans te donner toi-même, ce serait peu pour ton serviteur. Vrai Dieu, donne-toi, rends-toi à moi, s'il te plaît, car je ne tiens qu'à toi seul et je me délecte dans ta douce mémoire. Quand Je pense à toi, que mon âme soupire après toi, consi- dérant ton ineffable miséricorde, et contemplant ton apparence de chair, je suis grandement troublé et tombe dans une profonde méditation. Fais, Sei- gneur, que mon cœur brûle et se délecte, que toute ma pensée et tout mon entendement soient enflam- més du désir de ta vue ; que mon esprit prenne des ailes et vole comme un aigle vers la magnificence de ta maison et vers le théâtre de ta gloire, afin que 39 je puisse manger à la table des Elus. Seigneur, veuille être mon exultation, toi qui es mon espérance, mon rédempteur et mon salut. Tu es mon foyer et ma joie ; non âme te réclame sans cesse : accorde-lui, Seigneur, qu'elle ne manque jamais à ton saint nom. DIX -SEPTIÈME ORAISON Vrai Dieu, illumination des fidèles qui te con- templent, vie des âmes qui t'aiment et vertu inté- rieure de ceux qui te cherchent, je te prie de En umble, de me faire oublier L vaines choses temporelles. Car, Seigneur, c'est à ma honte et à mon dommage que Je soutiens le spectacle du monde. Je suis attristé de ce que je vois et entends E toutes choses passent ; donne à mon cœur, eu pitoyable, la joie que je désire. Viens à moi que, Je te vole ; si tu trouves que mon âme est un étroit logis, que soit élargi le chemin qui te mènera à cette âme perverse. Ah ! Seigneur, je le confesse, car tu le sais ainsi que moi-même, Je t'ai offensé en beaucoup d'occasions, mais qui m'amendera, sinon toi dont j'implore le pardon ? Seigneur, } je te prie humblement de retirer de moi les désirs charne LD Donne-moi, Seigneur, que de cœur véritable, de ma bouche et de tout mon corps, Je puisse te servir et te louer. onne l'essor à ma pensée, hausse mon regard de façon que mon esprit inspiré soudainement atteigne à ton éternelle sagesse. Dénoue les liens 1 me pèsent afin que par ces moyens je m approche e toi. Que vers toi seul J'accoure et qu’à toi seul Je m'attende. 4l DIX-HUITIÈME ORAISON Dieu tout-puissant, Seigneur de bonté et père miséricordieux, aie pitié “A moi, très vil pécheur ; accorde-mnoi, Seigneur, le pardon de mes péchés : donne-moi de fuir et de vaincre toutes lés pen- sées, tentations et délectations misérables, et spé- d mbomge les péchés commis par action, d'éviter les choses que tu défends de faire, d'observer celles que tu commandes, et de te servir, aimer et honerer. Dieu tout-puissant, Seigneur de bonté et père miséricordieux, ale pitié de moi, très vil pécheur : onne-moi la componction et l'humilité, la discrète abstinence et la mortification de la chair, le désir de te prier et de te contempler, les pensées selon toi, dévotes, pures et réservées, la connaissante de tes commandements, le saint amour de ton nem et la délectation de la grâce, et, Seigneur, la pratique sans cesse et sans défaillance des œuvres orobtsbles. Doux Seigneur, ne veuille pas m'abañdonner à mon ignorance et à mon infirmité humaine, ear je compte moins sur mes mérites que sur tes bienveil- lantes dispositions. Ordonne charitablement et à ton gré mes mortifications, mes œuvres et mes paroles, afin qu'en moi, de moi et par moi ta sainte volonté ” faite. Délivre-moi de tout mal et conduIis- moi vers la gloire céleste. Ainsi-soit-il, 42 ne DIX -NEUVIÈME ORAISON Seigneur Dieu, mon créateur, je mets mon espé- rance en toi; délivre-moi de tous ceux qui me per- sécutent ; fais que je ne sois pas confondu éternelle- ment et que ta justice me sauve et me défende Seigneur, vrai Dieu, mon créateur et mon gouver- neur, ainsi que Je l'ai dit et le dirai toujours, mon espérance est, a été et sera toujours en toi, et tant ue Je vivrai je ne désespèrerai pas de ta miséricorde. rtes, quand je considère attentivement tous mes péchés, je suis au désespoir, car je ne vois que de méchantes et sales actions que j'ai commises ; mais considérant d'autre part le très doux créateur, mon souverain Seigneur à qui rien n'échappe de ma mauvaise vie et qui, douloureusement aux écoutes, attend pour voir si Je me corrigerai et voudrai m ‘a- mender en quelque façon, je com te sur la misé- ricorde de Dieu qui patiemment tolère mes méfaits. Mais je suis entouré d'ennemis qui m assaillent et ne se ruent dans mon cœur qu ‘avec la dernière vio- lence, et si le Dieu de bonté qui m'a tiré du néant ne me secourt et ne jette l'épouvante sur ces ennemis qui me tourmentent et me couvrent de chaînes cruelles, bientôt mon âme est vaincue et emmenée en captivité. Done, Seigneur, délivre-moi de tous mes iéere cuteurs : comme Je n'en suis pas digne, fais-le au 43 moins par ta bonté. Je confesse, en effet, qué tu n'as nulle raison de me délivrer, ô Seigneur, car tout mon temps, je me suis délecté dans le mal et j'ai consumé mes jours en œuvres perverses. (Que ton intervention me délivre, car c'est honte à toi que tes ennemis bafouent ta créature aujourd'hui honnie et souillée des vices les plus hideuy, que tu fis si honnête, ornée de tant d'honneur et de raison, et formée à ton image et à ta ressemblance. Voici, Dieu très doux, mon chétif et méchant esprit, que les mauvaises actions ont livré aux dents de ses ennemis, qui le rongent et le déchirent cruel- lerent. À peine échappé de leur étreinte, il appelle à l’aide, Seigneur, il soupire après ta possession ; s sl ne te plait de voler à son secours, 1] ne pourra plus } Jamais aller à toi ; 1l a trop d'ennemis ; tu les as vus, Ô mon créateur, avec fureur m'attaquer, me battre et me faire endurer de grandes et terribles douleurs. Un surtout s'efforce sans cesse de me mettre à mort, quand tous les autres, par lassitude, se sont éloignés de moi. Celui-là, qui est le plus hardi de tous et qui me court sus, c'est he Gloire qui corrompt les hommes non seulement par les mauvaises actions, mais encore par les bonnes et cause leur chute, s'ils ne font bonne arde : Vaine Gloire, qui, sous couleur de faire le DS nous pousse à l'orgueil : l'orgueil alors, par son influence mortelle, nous enlève tout désir de l'amour divin. Car supposé que l'œuvre qu'on fait 44 soit bonne, la vanité qu'on en tire déplaït à Notre Seigneur : qu'y a-t-il, en effet, de plus mauvais que de s'enorgueillir d'une bonne action ? Pensant s'élever par le bien qu'il fait, l'homme tombe très bas par l'orgueil qu'il conçoit. Certainement l'orgueil et la vaine gloire logent au plus profond de l'enfer et l'humilité toujours habite aux Cieux. Dieu, mon refuge, 6 mon doux Créateur, que ferai-je, si tu m'abandonnes ? Je suis perdu par mes péchés. J'ai toujours besoin de ton aide ;: tu me méprises pour mes péchés où tu m'as vu tomber si souvent ; jette sur moi les yeux de ta miséricorde, car je suis ta créature et tu es mon créateur. Qu'il te plaise que je te regarde comme mon vrai défenseur : a: dé et défendu par toi pendant tout le cours de la vie présente, que je puisse, ayant laissé ma dépouille mortelle, m'élancer vers toi, 6 Seigneur, parfaitement purifié et absous de tous mes péchés. 45 VINGTIÈME ORAISON Vrai Dés. je me confie, moi, ta créature, à l'ombre de tes ailes et à ta bonté qui m'a donné le jour. Prête assistance, Seigneur, à ta créature qui doit la vie à ta sainte bénignité afin que Je ne périsse par ma malice et que les œuvres accomplies par ta divine bonté ne périssent pas à, leur tour. Quel avantage aurai-je à avoir été créé, si je tombe en corruption > Tu es le créateur, gouverne donc et ne méprise pas l'œuvre de tes mains, 6 Seigneur : tu m'as tiré du néant: si tu ne ,me, soutiens, Je retourneral au néant. Si tu ne m'avais pas fait, Je n eusse pas été ; : et c'est parce que tu m as fait que je suis ; et rien ne t'y a contraint que la très bénigne et souveraine bonté qui est en toi, et ta clémence. Cette charité qui t'a poussé à me créer, Seigneur Dieu, je te prie qu'elle te pousse à me diriger. Quel profit retirera ta charité qui m'a fait de rien, si Je péris en ma misère et si ta droite ne me défend ? lu savais, Seigneur, lorsque tu m'as fait, que J'étais de ma nature impar- fait sans l’aide de ta grâce, tu savais ma fragilité et tu voulus envoyer ton tendre fils en terre pour notre salut. Puisque tu as tant fait pour moi et que tu as mis tant de prix au rachat de mes péchés hideux, me laisseras-tu aller à la corruption et à la damnation éternelle ? Ah ! Seigneur, considère ta bonté et non ma 46 méchanceté, ta perfection et non mon insuffisance : exerce pour mon salut cette même charité qui pré- sida à ma création ; Je sais que tu es aussi capable par ta charité de me sauver que de me mettre au jou ur : tu es le même et ta force n'est pas émoussée. a niséricorde n'est pas épuisée et jamais ne s'épui- sera que tu ne puisses me sauver ; tes oreilles ne sont pas assourdies que tu ne puisses m ‘entendre. ais mes énormes et innombrables péchés m'ont séparé de Fa ont opposé les ténèbres et la lumière, l'image de la mort et Pre del de la vie, la vaine appa- rence et la vérité, a fragile vie d ci-bas et l’éter- nelle gloire céleste que je te supplie, Seigneur, de bien vouloir m'accorder. VINGT-ET-UNIÈME ORAISON Seigneur, vrai Dieu tout-puissant, sans commen- cement ni fin, Dieu unique en trois personnes, et ninité en un seul, je crois en toi, t'adore et te loue, te bénis et te glonifie, te rends grâces et me recommande à toi de tout mon cœur. Ecoute ma voix, entends ma en pe des Cieux ; aie pitié de moi, mon roi, s de Dieu, rédempteur du monde, ne me déçois pas à cause de mes iniquités, ne t'irrite pas contre moi, et à la fin ne tiens pas compte de mes péchés. Saint-Esprit, Dieu bénin, remplis-moi de ta grâce et dirige-moi dans la voie du salut éternel ; enseigne-moi à faire ta volonté : ôte de mon cœur tout ce qui te déplaît : Dieu tout-puissant, pitoyable et miséricordieux, considère mes tribulations et convertis-les en joie et qu'il ne te plaise, souverain Seigneur, d'abandonner ta créature à sa perte. Régent de tous les hommes, et protecteur de ceux ui espèrent en toi, accueille mes prières, et par intercession de la glorieuse Vierge Marie, détourne ta colère de moi. Seigneur Dieu tout-puissant qu’il ne te plaise de recevoir mon âme jusqu'à tant que mes péchés soient pardonnés. O glorieuse Vierge Marie, mère de Miséricorde, Vierge qui portas {e Seigneur de l'Univers et le roi des es, Vierge unique, aide-moi au jour de ma tribulation, afin que par tes prières et par 48 tes mérites Je puisse obtenir le royaume des Cieux. O Samt Michel Archange, prévôt du Paradis, aide-moi, défends-moi de l'Esprit malin à l'heure de ma mort et conduis mon âme au Ciel. Tous les saints Anges et Archanges, toutes les Vertus des Cieux et tous les saints Ordres des bienheureux Esprits, remparts des démons, combattez ceux qui me combattent ; défendez-moi vigoureusement contre la cruauté d'un arrogant ennemi ; gardez- moi fidèlement sur le chemin de la vérité à toute heure du ; jour et de la nuit et à l'heure de ma mort recevez mon âme dans votre paix. Saint-Jean Baptiste et tous les saints Prophètes et Patriarches, je vous supplie et vous prie humble- ment de me tendre la main et de me donner assis- tance dans mon infirmité et en tous mes besoins ; demandez pour moi à Notre Seigneur pardon, patience, constance, justice, obéissance, continence et sainte persévérance. Saint Pierre, très bienheureux Prince des Apôtres, et tous les saints Apôtres, Evangélistes et Ma ron donnez-moi accroissement de vertus, fin louable et bénédiction perpétuelle. Très nobles docteurs et saints Confesseurs, soyez, je vous prie, mes avocats auprès de Dieu afin que j'aie l'indulgence pour mes péchés, l'abondance de tous biens, la pratique des bonnes habitudes le respect et l'observance des commandements de Notre Seigneur. 49 4 Toutes les saintes Vierges et les Veuves qui êtes dans la grâce de Dieu depuis le commencement du Monde, ohtenez-moi don de grâce perpétuelle, continence de vie, pureté de corps, innocence de cœur, fermeté de foi et charité fraternelle, et faites ue j'accomplisse en bonnes œuvres la volonté e Dieu, afin que je vive sans péché et parvienne à la gloire du Paradis Ainsi-soit-il. 30 Ce VINGT-DEUXIÈME ORAISON Mon souverain et très redouté Seigneur, quand je réfléchis aux grands bienfaits dont tu m'as comblé, et que jé me ra pelle le nombre de ceux que j'ai per us par ma faute, et en quels maux et quelles autes je suis tombé, È me retourne vers Toi, pleu- rant le mal que j'ai fait, et pleurant les biens que j ai perdus. Car, Seigneur, in biens et quel honneur y a-t-il au monde que tu ne m'aies pas donnés et quels sont les maux que je n’aie commis à ton égard ? Ainsi ] ] ai perdu le bien en agnant le mal ; j'ai perdu ta grâce et encouru ta co êre. LE e ne puis pas me rendre innocent devant Toi, car Je sais mes fautes qui m environnent comme une immense armée ; d’ une part mes actions coupables, d' autre part mes pensées et mes volontés mauvaises est ce qui m'a fait perdre des biens inappréciables, et, qui pis est, ta grâce. Et lorsque je me rappelle cela en pleurant et gémissant et me condamnant moi-même, je lutte contre ma chair et mon esprit pour ne pas t'irriter ag pensées, paroles et actions ; mais, Seigneur, e combat est tellement inégal que chaque fois je me vois à terre. Las ! je mérite d'être gourmandé, d'autant ae que sans toi mes œuvres sont moins que ri Qu gen te plaise donc, 6 Seigneur de bonté, que ol mon cœur continue la lutte et que je n'aie aucune amitié pour le péché ; veuille, à Seigneur, que je scrute et examine attentivement les replis de mon cœur et que J'en extirpe ce que Jy trouverai de ral. Fais que je ne me fltte pas d'obtenir un pardon facile, de telle sorte que je puisse te servir à ton gré, Seigneur, et montre-moi les immenses en Ête ts que j'ai reçus de toi sans les mériter et égale- ment la façon vile et honteuse dont je t'en ai payé. Seigneur, Je te demande pardon, en grande tris- tesse de t'avoir méconnu, toi qui es mon créateur, et d'avoir mérité des maux sans nombre. Hélas ! qu'ai-je fait ! Ah ! chair vile et âme déraisonnable, si pour l'amour de ton créateur qui ma fait tant de bien, tu ne veux renoncer à tes mauvaises actions, au moins fais-le par peur des peines de l'enfer ou de la mort qui n'épargne personne, ou de la punition que Je redoute en ce monde, car Dieu peut me livrer emain au pouvoir ce mes ennemis et me réduire en servitude, ou m'affliger de pauvreté, de maladie et beaucoup d'autres maux. Si, pécheur faux et traître à mon Créateur, je veux considérer mes énormes péchés et mettre à son service la raison qu'il m'a donnée avec tous les autres biens que je ne saurais dire, si Je veux agir ainsi, Seigneur, jai l'espérance que tu détourneras de moi ton regard implacable. Si, au contraire, je perds de vue les péchés que j'ai commis, tu te sou- 52 viendres de ta vengeance : je sais tout cela, Seigneur, mais Je n'en tiens aucun compte. Aussi je te prie, Dieu miséricordieux et tout-puissant, de bien vouloir m'apprendre à faire ta volonté. VINGT-TROISIÈME ORAISON mp Très doux Créateur, bénin rédempteur de toute créature, toi qui m'as formé et me formeras de nou- veau, je retourne à toi, suppliant d'une humble voix ta souveraine pitié. Enseigne mon cœur à songer avec grande crainte et épouvante à l'affreuse et déplorable condition cù sera réduite ma chair, quand l'esprit qui la dis- pute à la pourriture et aux vers se sera évanout ? Où sera ma beauté, si j'en ai quelqu'une ? Où seront les grandes délices où je me suis délecté en mon temps ? Mes yeux seront clos et révulsés qui me faisaient jouir de vains et misérables attraits : ils seront cou- verts de ténèbres, eux qui, brillants aujourd'hui, se complaisent dans toutes les vanités. es oreilles ouvertes seront pleines de vers, que délectent maintenant, de façon coupable, les dis- tractions et les rumeurs du monde. Ma mâchoire sera affreusement contractée, qui est aujourd'hui l'instrument de ma gloutonnerie. Mes narines tomberont en pourriture, qui main- tenant s'emplissent délicieusement des odeurs de toute espèce. Mes lèvres apparaîtront laides, puantes et horribles. qui se prêtaient follement aux honteuses voluptés. Ma langue sera embarrassée de salive corrompue, 34 elle qui proférait tant de fausses et vaines paroles. J'aurai la gorge et le ventre fourmillant de vermine, qui, trop souvent, se sont délectés dans les viandes et les breuvages. | insi er sera-t-il, de toutes les parties de notre corps, à la santé, au profit et au plaisir duquel nous orinons tout notre soin ; elles seront la proie des vers et de la pouiriture et finalement retourneront en poussière. | Où est ce cou qui se haussait orgueilleusement ; qu'est devenue cette vantardise en paroles ? Où sont ces vêtements précieusement ornés, ces plaisirs et sâtisfactions de toute sorte, cette force corporelle, cette légèreté, cette puissance, cette richesse ? Tout cela s’est dissipé comme un songe. Toutes ces choses ont passé pour ne plus jamais revenir, hélas ! et celui qui les a possédées est demeuré nu. oux Seigneur, je t'implore puisqu'il t'a plu de me donnef cet enseignement, de me faire connaître le bon usage de la vie de telle sorte que je puisse me réunir un jour à tol. 55 VINGT-QUATRIÈME ORAISON O doux Seigneur, quand j'examine attentivement ma vie, combien je suis épouvanté, car je n y vois énin, tu persistes à laisser vivre ce ver misérable et souillé par le péché. Je ne suis pas un homme, mais la honte des hommes, plus vil que bête et pire que charogne. Mon âme prend en dégoût ma vie et son malheur est étrange, car elle ne émit pas autant qu'elle sait qu’elle devrait le faire, et de se con- uit comme si elle ignorait l'avenir qui lui est réservé. âme aveugle, pécheresse invétérée, le jour du ugement est se tu ne sais quand il luira, ce Jour de tribulation et ‘angoisse, ce jour de misère, € ténèbres et de calamité. mon âme, pourquoi dors-tu ? Où sont tes bons fruits ? Ce ne sont qu'é- ines et péchés très amers, Je voudrais que Notre ee. les estimât de petite importance, mais hélas ! toute transgression de ses commandements outrage Dieu. 36 Dans ces conditions y a-t-il un petit péché ? O fruits secs et sans profit ! O Dieu éternel, 6 Sei- gneur, que répondrai-je dans ce jour de colère, quand je serai requis de dire quel usage j'ai fait de mon corps jusqu'à la paupière de l'œil, pendant tout le temps au’ m'a été donné de vivre ? Alors Je serai condamné dans tout ce qui sera trouvé en moi d'actes répréhensibles, de paroles inutiles et de silences coupables, et jusque dans la plus petite pensée et dans toute ma conduite non conforme à ta volonté divine. Hélas, contre qui ai-je péché ? Dieu tout puissant, je t'ai outragé ! Où me cacherai-je, qui me délivrera de tes mains ? De qui aurai-je l'appui et d'où tirerai- je mon salut si ce n'est de toi ? Vrai Dieu, mon espoir ct ma crainte, regarde-moi misérable et suppliant, toi qui mas formé, toi qui es mon sauveur et mon rédempteur ; ne me condamne pas, Seigneur et ne fais pas périr ton œuvre à cause de mes iniquités. Je te prie, Seigneur miséricordieux, que ma méchan- ceté ne détruise pas ce qu'a fait ta toute-puissante bonté ; reconnais bénignement en moi ce qui est tien et ôtes-en ce qui est d'autrui. Seigneur, Seigneur, aie pitié de moi, pendant qu'il est temps encore, afin de ne pas me condamner, lorsque le temps de juger sera venu et que tu puisses m'accueillir dans ; sein de ta miséricorde où Je te glorifierai avec tes élus. 27 VINGT-CINQUIÈME ORAISON Seigneur, j je me remets entre tes mains, comme celui qui n'a nul autre refuge que toi, bieh que je ne suis pas digne de lever les yeux pour og ma prière. Certes, au moins suis-je capable de les baigner de larmes, car je ne ressens que confusion à prier avec ma mauvaise conscience ; 1l est juste que Je sois accablé de douleur et de tristesse, consi- dérant mes œuvres et mes innombrables et hideux péchés. Sainte horreur, tristesse inconsolable, venez m ‘envelopper, m'accabler et me bouleverser, car Jai offensé Dieu sans vergogne. Il est juste que moi qui suis coupable ressente les tourments que j'ai mérités et que .J'ap renne ce que j ‘aurai à souffrir ; * 1l est juste que ] ‘aie ongue pénitence, moi qui si longtemps suis resté plongé dans l'immondice de mes péchés. J'ai refusé la consolation, le soulagement, la joie et la sécurité ; et Je t'ai renié, Ô Seigneur. Dans l'espoir que tu reviennes à moi par le par- don accordé à mes péchés, Je confesse en partie ce que J'ai fait, mais non pas tout. Je pense à ce que tu es, Seigneur, et à ce que Je vois sur la terre de misères, de ténèbres et d “horreurs, sur la terre où il n'y a nulle perfection, mais très grandes peines et tribulations, spécialement réservées à la foule de pécheurs dont je suis. 58 Dieu de bonté, si je me suis aidé coupable envers toi, Je ne puis pas faire que tu ne m'aies créé ; et si ] ‘al perdu la chasteté, jen ‘al pu anéantir en même temps ton immense pitié. Seigneur, si je ine suis mus dans le cas d'être damné, tu n'as pas perdu pour cela le pouvoir de me sauver. Ne Pa pas considérer mon mal au point d oublier ton bien. Tu dis, Seigneur, que tu ne veux pas la mort du pécheur : qui te force de ine livrer à la mort, s’il te plaît que le pécheur vive ét se conveftisse et qui t'empêche de faire ce que tu veux ? L’énormité de mes péchés te contraint-elle à agir contrairement à ta volonté et enchaîne-t-elle ton pouvoir de faire ce qu'il te plaît, Ô Dieu tout-puissant ? Souviens-tol, Ô Ô Dieu bénin et équitable, que tu es mon créateur ; ne fais pas ap} el à ta justice contre le pécheur ; mais souviens-toi de ta bériignité envers ta créature. Oublie ta colère contre le coupable, et rappelle-toi ta miséricorde envers les inalheureux. Pardonne à ma faiblesse, 6 Seigneur très bon, toi de qui vient tout salut, pardonne à moi, vil, misérable, hideux et insigne péché ur ; ce n'est pas chose im- possible à a ta toute-puissance. En exerçant ta justice, ne renonce pas à la clémence, eat tu es le vrai Dieu et le Dieu de bonté dans les siècles des siècles. Ainsi-soit-il. 29 VINGT - SIXIÈME ORAISON Quand je considère les péchés que j'ai commis, elgneur, vrai Dieu tout-puissant, et les peines ei les tourments que je dois souffrir pour eux, je n'ai pas une petite peur. Et je me demande si Je trouverai consolation en quelque manière. Mais hélas ! je n'en trouve aucune. Car ] Jai irrité non seulement le Créateur, mais toutes les créatures, et je n'ai personne à qui je puisse recourir ou m adresser. Que ferai-je donc, de quel côté irai-je, ainsi triste et désolé par la malice de mes péchés ? Si je veux retourner à celui qui m ‘a fait et à sa miséricorde infinie, je crains fort qu'il ne se veuille venger des de Le péchés que j'ai commis, sans égard ni pour l'amour, ni pour la terreur qu'il inspire. Que feral-je donc, demeurerai-je désespéré, sans conseil et sans aide ? Mon doux Créateur me laisse vivre et poursuivre mes entreprises avec honneur et profit, sans que par mes péchés je puisse lasser sa grande bonté et sans qu'il se décide à me confondre tout à fait et à me détruire, comme je l'ai depuis longtemps mérité. Il est certain, Seigneur, que tu es trop bon pour moi, toi qui mas accordé et m'accordes tant de bienfaits et qui ne me demandes pas raison de ma perversité. J'ai entendu dire souvent que Notre Seigneur 60 est Top bon ; je puis le témoigner maintenant par moi-même. Quand je vois, Seigneur, l'abondance de miséricorde et de pitié qui est en toi, et tous les pécheurs sans exception que tu n 'abandonnes pas mais au contraire, accueille paternellement, je ne dois pas désespérer ; car le Dieu tout-puissant qui pardonne aux autres peut bien me sn nner, bien qu'entre les pécheurs, il y ait de grandes différences. Quand ; je pense de quels péchés et de quelles ordures mon âme infortunée est souillée, je ne me mets pas sur le même rang que les autres pécheurs, mais je me tiens pour plus pécheur que quiconque. Bien des hommes ont péché et se sont ensuite repentis ; beaucoup d'hommes ont fait queique mal et beaucoup de bien. Mais moi, malheureux, sur tous les autres pécheurs sachant ct comprenant à quel désastre m'exposaient mes péchés, Je ne cessai pas de les commettre ; tous les } Jours j ajouta les péchés aux péchés ; ainsi de mon plein gré, J ai con- tinué à se ma vie entière. Ayant vécu de telle sorte, faisant tant de mal et me pl dans mes iniquités, comment oserali-Je m approcher avec les autres pécheurs de la fontaine de miséricorde ? Seigneur Dieu, prête assistance à la créature, puisque l'énormité des péchés ne peut vaincre ta miséricorde, si le pécheur ne tombe pas dans la désespérance. ouffre donc, ô mon Dieu, que je compte sur ta pitié infinie et accorde-moi, s'il te plaît, de m'’abste- Co] nir désormais de faire le mal comme je l'ai fait, et sn je ne puis rien par je seule vertu, octroie- moi, Seigneur, de m'amender le temps qui me reste à vivre afin de parvenir et de m “install ler dans ta ie 62 VINGT-SEPTIÈME ORAISON + Assiste-moi, Dieu que je cherche et que j'aime, que de cœur et de bouche et de toute ma force je loue et adore. Mon esprit échauffé de ton amour soupire après toi. Rien ne m est doux que toi, rien ne m'est doux comme te parler et t'entendre, écrire sur toi et méditer sur ta gloire, et faire de ton sou- venir ma récréation dans cette vie orageuse. Je t'ap- pelle donc, 6 très désiré, je t'implore de tout mon cœur. Quand je pense à toi, je me réjouis en toi de qui et par qui procèdent toutes choses. fa remplis le Ciel et la Terre, portant tout l'Uni- vers sans effort; tu remplis tout sans être borné toi-même ; tu es toujours en travail et jamais en repos, recevant sans avoir de besoins, demandant, ien qu'il ne te manque rien. u aimes sans te consumer, tu te reprends sans déplaisir, tu es courroucé et très Le Tr, agis sans cesse et ne prends jamais conseil ; tu récupères sans avoir rien perdu ; tu te réjouis du gain, et tu nas rien à gagner; tu n'es pas avari- cieux et tu prêtes à usure ; tu paies tes dettes et tu ne dois rien; tu négliges de recouvrer ce qu'on te dois et tu n'éprouves aucune perte. Tu es partout et tout entier en tout lieu stues invisible et tu es perçu : tu es en tout temps à la 63 fois proche et très loin ; tu es partout présent et nul ne te peut trouver. Tu environnes, domines et soutiens toutes choses : tu renfermes tout sans occuper aucune étendue ; tu ne varies pas avec le temps ; tu ne t'en vas pas ni ne reviens ; tu résides dans une lumière que nul homme ne peut soutenir ; tu ne peux te diviser, car tu ne formes qu'un tout de parfaite substance : et tout est dans ta main. Si l'on veut te décrire, on ne peut exprimer ta grandeur, car elle est infinie ;: tu es sans quantité et cans mesure ; tu es bon par essence et nul autre n'est bon que toi seul : ta volonté est action, ton vouloir est pouvoir ; tu as fait toute chose par ta seule volonté. ‘lu gouvernes tout sans effort et sans peine, tu es partout et tu n'occupes aucun lieu. _. Tu peux tout faire, sauf le mal. C'est par ta bonté que nous existons, par ta justice que nous pleurons nos péchés et par ta clémence que nous en sommes délivrés. Tu es en toute chose, et toute chose est en toi ; nul ne peut t'échapper par quelque moyen que ce soit : et certainement qui t'aura offensé ne se dérobera en aucune manière à ton courroux. Donc, doux Seigneur, puisque tu es si grand, si puissant et si miséricordieux, je me donne à toi corps et âme afin qu'il te plaise de me diriger dans ton agréable service. 64 se VINGT -HUITIÈME ORAISON — Dieu clément et miséricordieux, sois-moi bénin pour les péchés que j'ai faits, poussé par le diable ou de ma propre volonté, n’en réserve pas l'examen au jour de ton Jugement, mais octroie-moi, s'il te plaît, la grâce du pardon. | Si je fais comparaison de mes fautes avec les puni- tions que tu m infliges, le plus petit de mes péchés me paraît plus grand qu'aucune des peines que j'en ai reçues; aucun mal ne fait baisser ma tête dure et céder ma mauvaise volonté. Ma vie se passe en regrets, mais en fait ne devient pas meilleure. Si tu patientes, Seigneur, je ne me corrigerai pas ; si tu te venges, je ne durera pas. Si j'ai des tribulations, je me promets de recourir à toi. S1 tu retires le couteau, je ne tiens pas mes engagements ; si tu me punis, j'implore ton pardon. Que tu exauces mes prières, j'en al moins d égards pour ta personne ; que tu me frappes, quand l'heure du mal est passée, il ne m'en souvient plus. Je veux que tu m écoutes de suite, ou sinon je mur- mure contre toi et n'observe pas tes commande- ments. Donc, Seigneur, pardonne le coupable, car tu es très Le Je sais bien que si tu refuses ton pardon, c'est juste châtiment ; mais 1l y a en toi une pitié et une miséricorde surabondantes. Aie 65 5 | pitié de moi qui t ‘Implore, Seigneur, et que $ ‘émeuve ton immense miséricorde. onne-moi, père très bon, de . pleurer tout le jour et toute la nuit les péchés que j'ai commis et, hibre de toutes mes fautes par ta souveraine pitié, accorde- moi que je te serve, dirige-moi et enseigne-moi façon que je puisse me réjouir un jour avec toi, la joie, le salut et la paix. VINGT-NEUVIÈME ORAISON Je te rends grâces et te loue, mon de. ma misé- ricorde, premièrement de ce que tu m'as donné de te connaître, ensuite de ce que du commencement de mon enfance jusqu'aujourd'hui, malgré mes nombreux et multiples péchés, ta grande bonté m'a patiemment attendu ; Je te loue et te glorifie de m avoir délivré de beaucoup d'angoisses, de périls et de mi- sères par la force de ton bras, et de m _. guéri maintes fois de grands maux et de grandes d 0 uleurs ; je te loue et te gloriñie d'avoir Liene m'octroyer ces dons de ta sainte pitié : santé du corps, tranquil- lité de l'esprit, affection et charité de tes serviteurs. O Saint des Saints, qui sanctifies pu choses, je te bénis, je te PV jet es je Je te _ 8 grâces ; "Univers entier, les Anges et les jrs te bénissent : que je puisse, Ô mon salut, 6 ma lumière, te bénir et t'adorer dans tous les actes de ma vie intérieure et extérieure. e mes yeux te bénissent que tu as façonnés et disposés pour percevoir la beauté de la lumière, Ô ma douceur et ma délectation. Que mes oreilles puissent te bémr, que tu as faites et préparées à entendre les accents de ta Joie infinie, ô mon salut et ma récréation. e mes narines puissent te bénir, que tu as faites pour se délecter à l'odeur de tes parfums divin 67 objet de mes louanges, 6 monnouveau cantique et mon exultation. The 3 AA 10, Que ma langue puisse te bénir que tu as formée pour raconter tes merveilles, Ô ma sagesse, ô mon conseil et ma méditation. Que puisse t ‘adorer et te bénir mon cœur que tu m'as donné pour connaître ton inestimable misé- ricorde, ê ma douce vie et ma béatitude. Que puisse te bénir, bien que pécheresse, cette âme que iu as faite et destinée à l'usage heureux de tes biens, 6 Créateur redoutable et tout-puissant. Je te bénis de tout mon corps et de toutes mes entrailles, mon Dieu, mon deux amour. Je te désire, Seigneur; appelle-moi, s'il te plait, par mon nom, apaise la douleur que j'ai de m ‘être éloigné de toi, la détresse dont souflre mon âme coupable. Seigneur, je toffre mes larmes d'orphelin ; je les verserai jour et nuit ; je m abreuverai de mes pleurs et mon âme se nourrira de mes souffrances, ma vie sera plongée dans la douleur, et mes jours dans les gémissements. Je ne désire et ne veux sur la terre et dans le ciel que toi, Ô Seigneur, et te supplie et requiers de me pardonner et de me remettre en ta grâce. TRENTIÈME ORAISON Ne me laisse pas, doux Seigneur, croître en mon ignorance et ne laisse pas se multiplier mes défail- lances. Tu m'as guidé, sans que je l'aie mérité, de ma jeu- nesse jusqu à un âge avancé, ne m'afflige pas des maux de la décrépitude. Tu m'as accordé beaucoup de bienfaits, et A] me serait doux, en tout temps, d'en parler, d'y penser et de t'en rendre grâces, et de goûter ainsi le bonheur suprême de te louer, de te manifester mon amour de tout mon cœur et de toute mon âme. bienheureuse douceur de tous ceux qui se délectent en toi ! Seigneur Dieu, tes yeux ont vu mon imperfection, tes yeux plus clairs que le solei Em regardent les voies des hommes du plus haut . cieux jusqu'aux profondeurs de l'abime. Seigneur, ne me délaisse pas avant que je ne te délaisse d'abord. Où que je sois, tu es toujours avec moi. Je confesse toutes les actions accomplies en ta présence, mais tu les vois bien mieux que moi qui les fais. Seigneur; mes désirs et mes pensées sont toujours devant tes yeux. Tu vois l'état de notre âme et ses mouvements et certes, en toute chose, tu considères moins l'acte que l'inten- ton. Quand je pense diligemment à tout cela, ô mon 69 Dieu, terrible et redouté, je suis confondu de peur et de honte. Je te supplie, Seigneur, de bien vouloir abaisser sur moi des regards de miséricorde et contrarier mes œuvres perverses, selon ta douce volonté, 70 TRENTE-ET-UNIÈME ORAISON Dieu puissant qui règnes sur tous les esprits, et sur toutes les créatures, j'ai rapporté dans mes oraï- sons une partie de tes bienfaits. Bien que je les aie avoués quelquefois, j'ai pensé le contraire, dans croyance que je pouvais certaines choses, encore que je ne sois rien. Je pensais être riche et je suis pauvre. Je croyais être éclairé et je suis déçu. Et maintenant je vois, Seigneur, que sans toi je ne puis rien faire. ; Tu m'as quelquefois abandonné pour que je me connusse, Car je croyais me sufhre à moi-même ; Je ne croyais pas que tu me dirigeasses, mais quand tu fus loin de moi, je ne tardai pas à tomber : la chute fut ma faute, et le relèvement fut ton œuvre. Se. gneur, tu m'as ouvert les yeux, si bien que je vois que la vie de l’homme sur la terre n’est que tentation et que nul ne doit se glorifier devant toi et aucun vivant se justifier. S'il y a quelque bien en moi, petit ou grand, c'est un don de toi ; il n'y a que le | qui m'appartient en propre. Celui qui tire gloire ‘un bien que tu lui as donné te vole et ressemble au diable. Qui veut te dépouiller de ta gloire, qui veut être loué du présent que tu lui fais et à ce su] ne cherche pas ta gloire, mais la sienne, celui- est un ingrat qui néglige de te remercier. eigneur qui m'as formé dans le sein de ma mère, 71 carde-moi de toute chute. Que pour toi soit la gloire, Seigneur, d'où tout bien procède et la confusion pour moi, de qui vient tout mal, si tu ne me regardes en pitié. Mais tu as pitié de moi, comme de tout ce qui est l'œuvre de tes mains. eigneur, Je te Cnfesse ma pauvreté : Je ne suis que vanité et ombre de mort, terre vague et stérile ui, faute de ta bénédiction, ne porte que des fruits e honte, de péché et de mort. Si quelque bien m'échoit parfois, je le tiens de toi ; tout ce que Je possède m ‘est venu de toi; jeusse péri maintes fois, si tu n'avais dirigé mes pas. Ainsi toujours, Seigneur, ta grâce et ta miséricorde sont allées à 1101, me délivrant de tous maux, rompant les lacets tendus devant moi, m'évitant les occasions, sans quoi j eusse fait tous les péchés du monde, car il ny a péché qu ‘un homme ait commis qu ‘un autre ne pese commettre à son tour, mais tu fs que Je ne e fisse pas. Le diable vint à moi et me tenta : en tous temps et lieu, il n'y manque point. Mais toi, Seigneur, tu ne me laissas pas consentir. Le diable très mauvais, veille sans relâche, cherchant à me tuer. Il jette devant moi ses rets de toute espèce; il a mis des pièges dans : richesses, des pièges dans la pauvreté, des pièges dans le manger et le boire, des pi dans le lit, dans le sommeil et Fe la eme, de pièges dans les paroles, dans les actes, des pièges dans toutefma vie. 72 Mais toi, Seigneur, s’il te plaît, tu m'en délivreras; tu ouvriras mes yeux pour que je voie la lumière et marche dans tes ur et puisse dire : « Béni soit le so ag ui ne me laisse pas succomber au diable comme les je dans les filets de chasseurs ! » 73 TRENTE-DEUXIÈME ORAISON O Tout-puissant, 6 Dieu de bonté, qui punis et pardonnes, à doux père, me voici toujours environné de péchés et de tribulations. Quand je m'éloigne de toi, je connais mes défail- lances ; qui ne sait qu'il est tombé n'a cure de se relever, car 1l croit être encore sur ses pieds. Doux Seigneur Dieu, éclaire mon esprit afin que je ne tombe pas sous les yeux de mes ennemis. mauvais Ange qui voulait te dépouiller de ta gloire, et qui fut englouti dans l’abime ne cesse de poursuivre tes fils, et de dépit il cherche à m'attirer à lui, moi qui suis ta créature et que ta bonté toute-puissante créa à ton image. Seigneur, aux pieds de ta Sainte Majesté, je porte plainte contre cet ennemi. Il est malicieux et tor- tueux : on ne peut facilement déjouer ses ruses ; car 1l se montre tantôt agneau, tantôt loup, selon le temps et le lieu, et varie ses tentations avec les circonstances ; avec les tristes, 1l affecte la tristesse ; aux joyeux il témoigne de la joie ; il fait pécher les ommes pieux en simulant le bien ; il tente d'au- cuns ouvertement : d’autres par des voies détournées ; enfin il use de mille moyens divers qu'il serait trop long d'énumérer et trop difñcile de discerner, si toi, Seigneur, tu nous ne ls découvrais. Car 1l tourne en vices non seulement les œuvres de la chair, mais 74 encore sous couleur de vertu, les prières et les pra- tiques de dévotion. Satan semblable tantôt à un (t tantôt à un dragon, entreprend mille autres choses encore, soit manifestement, soit de façon secrète, de jour et de nuit, au dedans et au dehors. ol, Seigneur, qui sauves ceux qui espèrent en toi, délivre-moi des tentations, de sorte que le diable en ait grand déplaisir et que tu sois loué à jamais, ô,Dieu tout-puissant. 75 TRENTE-TROISIÈME ORAISON Seigneur Dieu tout-puissant, père de ma vie, par qui toutes choses vivent et sans qui toutes choses peuvent se tenir pour mortes, ne m'abandonne pas aux mauvaises pensées, et ne LR pas que je me considère avec orgueil : ôte de moi la concu- piscence et tout mal de telle sorte que je pense tou- jours à toi. Que ta lumière me précède toujours ; vaincs ma concupiscence par ta douceur, car tu vois que le besoin en est grand, et que tout le monde est plein de mal, et de mauvaises gens. Le fils de ta servante qui me plaça entre tes mains, te confesse son cœur dans ces pauvres prières, avouant les bienfaits qu'il a reçus de toi dès sa jeunesse et durant toute sa vie. Je sais, Seigneur, combien l'ingratitude envers toi te déplaît et qu'elle est la racine A tous les maux, et Je te rends grâces de ce que je ne méconnais pes 2 tu m'as délivré tant de fois de la gueule du diable ependant j'ai péché devant toi mille millions de fois. Je ne te craignais pas et tu me gardais de tous maux, je me séparais de toi et tu me faisais revenir à toi sans que je le susse. Je descendis jusqu'aux portes de l’enfer et tu me retins en arrière : je m'ap- prochai des portes de la mort et toi, Seigneur, tu me guéris de graves maladies et de mille plaies et blessures et de nombreux périls sur mer et sur terre, 76 toujours présent et m'assistant ; et si J'avais péri, J'eusse été perdu corps et âme. C’ est par ta grande douceur et miséricorde que tu m'as accordé cette faveur et beaucoup d'autres, ainsi que tous tes bienfaits. Or, Seigneur, mon Dieu, lumière de mon âme, tu m'as éclairé et m'as appris le peu que je sais, c'est-à-dire que Je vis par toi seul. Je te rends grâces, encore que mes remerciements soient bien minces et de peu de prix au regard de tes bienfaits, mais tels qu'ils sont en rapport avec ma fragilité, je te les offre, car tu es mon Dieu très bon. Tous les biens dont je jouis, tu me les as donnés ; tous les maux du monde, je les ai commis, et tu m'as préservé du châtiment. Que pour cela mon corps et mon âme et tout mon être soient tiens à Jamais, ainsi que tout ce que je possède. 77 TRENTE-QUATRIÈME ORAISON F Moi le plus petit d'entre les petits, 6 Seigneur, père de ma vie et source de ma vertu, je confesse que je suis indigne d'entrer dans ta maison, mais je te prie, Seigneur, de ne pas confondre ton esclave qui a mis en toi son espérance. l'u m'as fait, Seï- gneur, veuille donc me gouverner ; tu m'as créé, ne méprise pas l'œuvre de tes mains. Mais, Seigneur, n'étant que boue et ver de terre, je ne puis prétendre à ton éternité, si tu ne le veux, toi qui as tiré toutes choses du néant. Certes, ; je n'ai plus, Seigneur, d'espoir qu'en toi, et n’eût été cette espérance, j'eusse été perdu depuis fort longtemps. on Dieu, tu es doux, bénin et patient, moi je ne suis qu'une feuille, une vaine apparence d'homme vivant, mes jours sont comme un souffle qui passe. Ne tirrite pas à cause de mes péchés, car je suis êle créature et je connais ma faiblesse: ne mani- feste pas ta force contre la feuille emportée par le vent. J'ai entendu dire et ; ‘ai éprouvé que tu ne veux pas ma perte ; € ‘est pourquoi je te prie de ne pas permettre à ce qui n est pas ton œuvre de dominer sur ce que tu formas. Si tu ne veux pas ma perte, qui t'empêche, toi qui peux tout, de me conduire au salut ? Si tu le yeux, tu peux me sauver, et j'ai beau le vouloir moi-même, je ne le puis sans toi ; 15 _ | è Û 2) , ù la volonté est en moi, miais l'accomplissement et l'exercice de ma volonté même, jé ne puis y prétendre sans ta collaboration ; Je ne sais ce que je veux, si tu ne me l'indiques, car tout dépend de ta volonté et il n'est personne qui puisse s y opposer : que ta volonté soit donc faite, Seigneur, et qu'il te plaise de ne pas laisser périr ta créature. TRENTE-CINQUIÈME ORAISON Tes jugements sont grands, Seigneur Dieu, jus- ticier équitable, qui juges et acquittes ceux qu'il te ares Quand } jy ense, je tremble de tous mes mem bres, car nul homme sur terre n'est assuré qu il te sert pleusement, dans la crainte et la chasteté ; ne nous réjouissons pas, tremblons plutôt, prélats, religieux, seigneurs ou sujets, car nul ne peut se glorifier en face de toi, et l'humanité entière te sert avec effroi. Comme tout homme ignore s'il est digne de ton amour ou mérite ta colère, je ne me demande pas sans grande appréhension quels sont ceux de nos pères qui sont montés au Ciel. Parmi eux, 1l en est un dont l'âme est au fond de l'abime, bien que j'aie oui assurer le contraire. J'ai vu mourir les vi- vants et ressusciter les morts, car, Seigneur, tu as fait habiter aux cieux les pécheurs et pécheresses publics et tu as plongé leurs fils dans les ténèbres ; C ‘est-à-dire, que Le religieux, les seigneurs et autre espèce de gens en état de se bien conduire et de gagner le royaume des cieux ont mérité par leurs péchés, selon ton jugement, d'aller en enfer et au contraire, les pécheurs et les pécheresses sont re- tournés à toi. Tu ne désires, Seigneur, que ceux ui te désirent : quel qu . soit leur état, tu les fais does de toi, saints et ai heureux. Ce sont ceux-là qui traitent de boue tous les biens temporels et qui 80. n'ont d'autre désir que de te gagner, en t’honorant sans cesse. | LI 6 TRENTE-SIXIÈME ORAISON Seigneur, mon Dieu, mon espérance et mon salut, Je me rends à toi et te demande pardon comme le plus vil des pécheurs et le plus misérable qui, je crois, fût jamais. Tu sais mieux ce que je veux dire que je ne le fais, mais pour qu'il te plaise d’avoir pes de moi, je te supplie, non de la manière que je e devrais, mais autant que ma faible chair me le permet ; qu'il plaise à ta sainte et douce miséricorde de me rendre l' instrument de mon salut : c'est à savoir ta grâce, la conscience et l'amour de tes perfections. Hélas, Seigneur, que d'actes de bonté, quels grands miracles as-tu accomplis pour moi, ver de terre et vile pourriture, opprobre non pas seulement des hommes, mais de toutes les créatures ; et pour- tant ces grâces que tu m as prodiguées, et ce qui est is encore, ta possession, } ai tout perdu par mes hoitbles et déshonnêtes péchés. Ah ! péchés ! qu'il = aisé et facile de vous com- mettre, et quelle difhcile et périlleuse chose que de s'affranchir de vous ! Qund un homme est tom dans de grands péchés et t'a ainsi irrité, Ô Seigneur, il lui est impossible de se relever et de retourner à toi, si tu n agis toi-même, Ô Dieu miséricordieux, et s'il ne te plaît pas de recommencer à chaque occasion nouvelle : ce qui fait que tant de pécheurs sont perdus. 82 C’est donc une chose abominable que le péché : il ruine le corps, l'âme et toute bonne renommée, puisque les actes de l'homme ne peuvent plus rien valoir, quand il a perdu la grâce de Dieu. Je puis bien comparer le péché à la morsure d'un chien enragé : la morsure est petite, mais le venin est très virulent ; il fait enfler, puis cause une grande douleur ; après viennent la fièvre et la perte du manger et du boire, puis le malade tombe en frénésie, puis perd connaissance jusqu'à ce que la mort s'ensuive. Ainsi en est-il du péché. Quand on le commet, il semble petite chose : mais après 1l enfle ; un seul péché en attire à sa suite un d'autre sorte ou un de même espèce parfois, ainsi que l’enflure attire les umeurs du corps. Quand on est tout gonflé de péchés, alors vient la douleur : c'est-à-dire que les actions de l'homme vont tout à rebours, Al ne peut arriver à rien de bon, ce dont il a tristesse et douleur. Après la douleur, 1l perd le boire et le manger, c'est-à-dire qu'il perd le goût de se confesser, de prier Dieu et de faire le bien; après s’ensuivent la frénésie et la perte de conscience, c'est-à-dire qu'il délaisse Dieu et pense que Dieu n'existe pas et que la bonne et la mauvaise fortune sont de la nature de choses, sans qu'il y ait intervention divine. Enfin vient la mort, c'est-à-dire la mort du corps et de âme. Certes, Seigneur, je confesse avoir été victime 83 de cette morsure enragée et j'ai éprouvé tous Îles maux énumérés ci-dessus, excepté la complète méconnaissance de toi, dont m'a préservé ta douce grâce et miséricorde. C'est pourquoi, Seigneur, je te demande pardon à mains jointes, te priant de garder que le diable ne me puisse mener jusqu'à choir dans la désespérance. Qu'il te plaise, par ton très saint nom, de me remettre en ta grâce, comme autrefois, car jJe’sais bien que c'est à ton plaisir et non à mes mérites que Je dois cette faveur. Je prie et supplie toutes les générations qui sont en ta grâce d'intercéder auprès de ta sante majesté pour que tu me pardonnes et me rappelles à toi. Vrai Dieu, tout-puissant, prête l'oreille à leurs prières et aux miennes, toi qui vis et règnes dans tous les siècles des siècles. Ainsi-soit-il ! FIN DES ORAISONS DE GASTON PHÉBUS Nore. — Les Oraisons de Gaston Phébus se trouvent à la suite du Livre de la Classe, du même auteur, dans deux Mss. de la Bibliothèque Nationale (F.F.616 et 1292). Elles n'avaient jamais été imprimées avant 1893. C'est sur le texte publié à cette date par ‘abbé de Madaune, et soigneusement revu et corrigé par nous, que la présente traduction a été faite. 84 TABLE DES MATIÈRES Première Oraison ................................., 11 Deuxième Oraison ...............................0. 15 Troisième Oraison .............................4.. 17 Quatrième Oraison ..........................:. .... 19 Cinquième Oraison............................ so... 20 Simème Ormson::...:5-42%esssdasdissdeiatisustatunt 21 Septième Oraison ...............................,.. 22 Huitième Oraison .............................,.... 23 Neuvième Oraison . ..... husséiconesesessciditsvedes 24 Dixième Oraison................................... 25 Onzème Oraison .................................. 28 Douzième Oraison ................................. 30 Treizième Oraison .....................,........... 32 Quatorznème Oraison ............................... 35 Quinnième Oraison...............................,. 38 Seizième Oraison .................................. 39 Dix-septième Oraison . .........................,.... 41 Dix-huitième Oraison .....................,....., *.. 42 Dix-neuvième Oraison .............................. 43 Vingtième Oraison ................................. 46 Vingt et unième Oraison ............................ 48 Vingt-deuxième Oraison............................. 5] Vingt-troisième Oraison ............................. 54 Vingt-quatrième Oraison .::......:.:..........:..... 56 Vingt-cinquième Oraison . . ... nid secoue 58 Vingt-sixième Oraison .............................. 60 Vingt-septième Oraison ............................, 63 Vingt-huitième Oraison ..........:.................. 65 Vingt-neuvième Oraison.....................,..,.... 67 “Frentième Oraison ...........,...,,...,........... 69 Trente et unième Oraison ........................... 71 Trente-deuxième Oraison. ........................... 74 Trente-troisième Oraison ............................ | 76 Trente-quatrième Oraison ......:.........,........... 78 Trente-cinquième Oraison ..................,........ 80 Trente-sixième Oraison ...:....... dd ns ei 82 JUSTIFICATION DU TIRAGE C° volume, achevé d'impri- mer le premier novembre 1920, sur les presses de l'impri- merie Bellenand, à Fontenay- aux-Roses, est letroisièmedela PETITE COLLECTION MYSTIQUE. On en a tiré vingt exemplaires sur papier pur fil des Manu- factures Lafuma, numérotés de | à 20. ÉnécidE Google DERNIÈRES PUBLICATIONS DES ÉDITIONS DE LA SIRÈNE Prerre Mac ORLAN : Pertr MANUEL DU PARFAIT AVENTURIER. Un volume in-8° oblong (Collection des Tracts). Net....................... 4 fr. 50 PauL LAFFTTTE : JÉROBOAM OU LA FINANCE SANS MÉNINGrTE. Un volume in-l6 | carré lde 300 pages. Net... si ieceisusssovensssrsecssiseeesse 6 fr. CLAUDE ANET : ARIANE, JEUNE FILLE RUSSE. Un roman in-8° couronne (ID ÉiOOn) 2 LM aid et end eaeee 6 fr. A. O. ŒxMELIN : HISTOIRE DES AVENTURIERS, DES FlipusriEns Er Des Bouca- NIERS D'AMÉRIQUE. Récits d'aventures. Un vol. in-8° couronne de 300 pages, orné ‘de -demsins.: eue Vectoniniaténte 6 fr. Henry MaLHeres : LE JUGEMENT DERNIER. Un vol. in-4° couronne, omé de gravures sur bois de Jean Marchand et tiré en violet et noir sur papier verger des manufactures Lafuma een restreint à 1.000 Rate Sen A Nebaissaestsu dis As area ; 30 fr. 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